Tweet SCOTOMISATION
"Je connaissais déjà ce sentiment d’être exclue des cercles magiques que je ne retrouve pas au milieu de nos compagnes musulmanes ou françaises. J’étais seule de mon espèce. Aussi loin que je remonte dans mon souvenir, je découvre cette douleur inconsolable de ne pas pouvoir m’intégrer aux autres, d’être toujours en large."

— Taos Amrouche (I endorse)

(Source: bara-no-hana, via soverypretty)

The Zombies - She’s Not There

Le Démon - Mikhaïl Lermontov

Je jure par le premier jour de la création ; je jure par son dernier jour ; je jure par l’opprobre du crime et par le triomphe de la vérité éternelle ; je jure par l’horrible souffrance de la chute et par la joie bien courte de la victoire. Je jure par notre rencontre et par la séparation qui nous menace de nouveau. Je jure par la foule des esprits, par le sort de mes frères qui me sont soumis, par les glaives sans tache des anges mes ennemis vigilants ; je jure par le ciel et l’enfer, par ce qu’il y a de plus sacré sur la terre et par toi ; je jure par ton dernier regard, par ta première larme, par l’haleine de ta bouche si pure et par les boucles de ta chevelure soyeuse ; je jure par la félicité et la douleur ; je jure par mon amour, — je renonce à mes vieilles rancunes ; je renonce à mes pensées d’orgueil ; dès maintenant le poison de la flatterie trompeuse ne viendra plus agiter mon esprit. Je veux aimer ; je veux prier ; je veux croire au bien ; avec les larmes du repentir j’effacerai sur mon visage digne de toi, les marques du feu céleste ; et que désormais l’univers tranquille croisse dans l’ignorance sans moi. Oh ! crois moi ! Moi seul jusqu’à ce jour t’ai comprise et appréciée. En te choisissant pour mon sanctuaire, j’ai déposé ma puissance à tes pieds. J’attends ton amour comme un don et je te donnerai l’éternité pour un regard. Dans l’amour comme dans l’aversion, crois-moi Tamara : je suis immuable et grand. Moi, fils libre de l’espace, je t’emporterai dans les régions qui planent au-dessus des étoiles et tu seras la reine du monde, ma première compagne. Sans regrets, sans désirs, tes yeux regarderont cette terre où il n’y a ni bonheur vrai, ni beauté durable, où l’on ne voit que crimes et châtiments, où la passion mesquine peut seule vivre et où on ne sait pas sans crainte haïr ou aimer. Ignores-tu ce que c’est que l’amour passager des hommes ? Un sang jeune qui fermente ! Mais les jours passent et le sang se refroidit. Quel est celui qui peut rester fidèle pendant la séparation et ne pas céder aux attraits de la beauté nouvelle ? Quel est celui qui peut résister à la fatigue, à l’ennui, aux caprices de l’imagination ? Non, mon amie, sache-le bien, ta destinée n’est point de te flétrir en silence dans un cercle aussi étroit, esclave d’une jalousie grossière, parmi des hommes froids et pusillanimes, parmi de faux amis et des ennemis, au milieu de craintes et d’espérances sans fin, de peines lourdes et sans but. Tu ne dois point t’éteindre tristement, derrière ces murs élevés, sans avoir connu l’amour, toujours en prières, également loin de Dieu et des hommes. Oh non ! admirable créature, tu as une autre destinée ; tu es réservée pour d’autres souffrances et pour des extases autrement sublimes. Laisse donc tes premiers désirs et abandonne cette terre méprisable à son sort : En échange je t’ouvrirai les abîmes des plus profondes sciences ; j’amènerai à tes pieds les nombreux esprits qui me servent et je te donnerai, ma belle, des servantes légères comme des fées. Pour toi j’arracherai à l’étoile d’Orient sa couronne d’or ; je cueillerai sur les fleurs la rosée des nuits et je répandrai sur toi cette rosée. Avec un rayon pourpre du soleil couchant, j’entourerai ta taille comme avec une écharpe ; avec la senteur des parfums les plus purs j’embaumerai l’air qui t’environne ; sans cesse je caresserai tes oreilles avec une mélodie admirable, je te bâtirai des palais somptueux d’ambre et de turquoise ; je descendrai pour toi jusqu’au fond des mers ; je volerai au-dessus des nuages ; je te donnerai tout, tout ce qui est sur la terre ; Aime-moi !

Et doucement, il appuya sa bouche pleine de feu sur ses lèvres tremblantes. Il répondait à ses prières par des paroles pleines de séduction et son regard, plongeant jusqu’au fond de ses yeux, l’enflammait. Dans l’obscurité de la nuit, il étincelait devant elle, inévitable comme la lame d’un poignard !… Hélas ! L’esprit du mal triompha. Le poison mortel de ses baisers a pénétré en un instant dans son sein et un cri terrible de souffrance a troublé le silence de la nuit !

Dans ce cri il y avait de tout, de l’amour, de la douleur, un reproche avec une dernière prière, un adieu sans espoir, un adieu en pleine jeunesse !

And I always heard people in New York never get to know their neighbors

(Source: cinemamonamour)

"Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,
Une communication ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le coeur,
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !"

— Edmond Rostand , Cyrano de Bergerac

(Source: feuille-d-automne, via animusdonandi)

Je n’aime rien tant que regarder les mails auxquels je devrais répondre, et auxquels je ne réponds pas. Non parce que je ne veux pas, au contraire. Je regarde et je me demande quand mon correspondant va se lasser ? Quand va-t-il m’en vouloir pour cette négligence (qui n’en n’est pas une, mais plus de l’empêchement maladif). Quand son indulgence sera-t-elle épuisée à mon égard ?

Curieusement, je pourrais trouver auprès de certain la consolation que je recherche, mais je ne vais pas la prendre.

Je voudrais une amie, comme je n’en ai plus, car j’ai lassé les plus anciennes, les plus fidèles, car j’ai construit tant de murs par peur, par manque de confiance. Car je n’ai jamais jugé digne quiconque de me comprendre. Mais moi, suis-je digne d’avoir de la compréhension de qui que ce soit ?

Je voudrais une amie, une femme qui comprendrait, qui ressentirait, une femme de mon âge qui serait mon amie, ma confidente, et dont je serais l’amie et la confidente. Et nous irions ensemble au restaurant, au café, dans des expositions. Nous aurions simplement des conversations d’amies certaines l’une de l’autre et pleine de la confiance que la vraie liberté donne, que l’amitié sincère procure.

Ce genre d’amie, où cela s’acquiert-il ? Le plus grand mystère de la vie pour moi.

In…

In…

(via soverypretty)

Stig Dagerman (c’est dérisoire, un peu)

(…) Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.


Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

Gabriel Pariseau - Paupière


Moi je reste assis devant ma fenêtre
je vois chaque jour des amitiés naître
et de grands amours se décomposer
la vie se déroule vu de ma fenêtre
comme le jeu pressé d’une machine à boules
moi, je reste assis devant mon ordi
quand les jours sont gris, quand il fait pas beau
je joue en duo avec Madame La Pluie
quand je sors dehors,
l’odeur des trottoirs
me donne un frisson
qui remet en question
la vie des bébés au coeur de plastique
qui remet en question
la vie des bébés en bas de nylon
j’envoie les nuages faire un long voyage
et j’entends chanter pour moi les oiseaux

Muriel Cerf

Quelque chose d’une lumière dorée a frémi sur le lit du peintre, et c’était l’amour cette chose, là, tout entière dans le premier baiser que je donnais à Natalia N., et ce baiser n’était pas celui que l’homme avait refusé, celui que je lui donnais alors, elle pouvait l’emporter, c’était le sien et celui de personne d’autre.

Quelque chose d’un printemps merveilleux a éclaté en même temps que les bourgeons d’avril, quand je suis entrée chez l’autre, l’homme riche, dans la chambre bleue, avec cette fille, pour la première fois.

Quelque chose s’est sali et corrompu, un après-midi de printemps où elle et moi posions pour le peintre, et c’était le regard du peintre, et c’était la plus belle des amitiés qui pourrissait à cause de la jalousie qu’il avait de nous - comme quoi il ne faut jamais donner à voir le bonheur, Natalia, même à un grand peintre qui est votre meilleur ami et qui, juste pour avoir une idée de ce que c’est, vous le demande à genoux.

Quelque chose a cassé ma vie en deux, quand ma grand-mère est morte, qui était ma seule mère, en une seule nuit, au début de l’été.

Quelque chose d’une aile de phénix a battu quand Natalia est arrivée rue L., le lendemain.

Jacques Abeille

Est-on jamais assez attentif ? Quand un grand arbre noirci d’hiver se dresse soudain de front et qu’on se détourne de crainte du présage, ne convient-il pas plutôt de s’arrêter et de suivre une à une ses ramures distendues qui déchirent l’horizon et tracent mille directions contre le vide du ciel ? Ne faut-il s‘attacher aux jonchées blanchâtres du roc nu qui perce une terre âpre ? Être attentif aussi aux pliures friables des schistes ? Et s’interroger longuement devant une poutre rongée qu’on a descendue du toit et jetée parmi les ronces, s’interroger sur le cheminement des insectes mangeurs de bois qui suivent d’imperceptibles veines et dessinent comme l’envers d’un corps inconnu dans sa masse opaque ?
C’est le vide de toute part qui tâche et joue à se circonvenir et creuse lentement les lignes de la main de la terre. Les réseaux se nouent, se superposent, s’effacent. Les signes pullulent. Il faut que le regard s’abîme.
Pourtant d’autres contrées sont à venir. Il y aura des pays.