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Comprenne qui voudra - Paul Eluard

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
 La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

Je te l’ai dit - Paul Eluard

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

Paul Éluard - L’Or et l’eau froide

Sous les bandeaux des bras des lèvres
Reste immobile vérité
Racines sources sont amies.

Les couleurs vives des baisers
Te fermeront les yeux franchise.

Solitude beau miel absent
Solitude beau miel amer
Solitude trésor brûlant.

Soûlé lassé dépris défait
L’homme retourne au fond du puits.

(Source: lamemoiredesjours)

"Tourne sans reflets aux courbes sans sourires des ombres à moustaches, enregistre les murmures de la vitesse, la terreur minuscule, cherche sous des cendres froides les plus petits oiseaux, ceux qui ne ferment jamais leurs ailes, résiste au vent."

Paul Éluard - Arp

(Source: lamemoiredesjours)

"Il fait toujours nuit quand je dors,
Nuit supposée, imaginaire
Qui ternit au réveil toutes les transparences.
La nuit use mes yeux que je délivre
N’ont jamais rien trouvé à leur puissance."

Paul Éluard - Il fait toujours nuit

(Source: lamemoiredesjours)

Air vif - Paul Eluard J’ai regardé devant moi Dans la foule je t’ai vue Parmi les blés je t’ai vue  Sous un arbre je t’ai vue  Au bout de tous mes voyages  Au fond de tous mes tourments  Au tournant de tous les rires  Sortant de l’eau et du feu  L’été l’hiver je t’ai vue  Dans ma maison je t’ai vue Entre mes bras je t’ai vue  Dans mes rêves je t’ai vue  Je ne te quitterai plus.

Photo : Nusch Eluard 1935 / Par Dora Maar

Air vif - Paul Eluard

J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue

Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu


L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue

Je ne te quitterai plus.

Photo : Nusch Eluard 1935 / Par Dora Maar

Paul Eluard

Paul Eluard

Tags: paul eluard

Intimes - Paul Eluard

         I

Tu glisses dans le lit

De lait glacé tes sœurs les fleurs

Et tes frères les fruits

Par le détour de leurs saisons

A l’aiguille irisée

Au flanc qui se répète

Tes mains tes yeux et tes cheveux

S’ouvrent aux croissances nouvelles

Perpétuelles

 

Espère espère espère

Que tu vas te sourire

Pour la première fois

 

Espère

Que tu vas te sourire

A jamais

Sans songer à mourir.

 

            II

A toutes brides toi dont le fantôme

Piaffe la nuit sur un violon

Viens régner dans les bois

Les verges de l’ouragan

Cherchent leur chemin par chez toi

Tu n’es pas de celles

Dont on invente les désirs

 

Tes soifs sont plus contradictoires

Que des noyées

 

Vient boire un baiser par ici

Cède au feu qui te désespère.

 

            III

Quel soleil dans la glace qui fait fondre un œuf

Quelle aubaine insensée le printemps tout de suite.

 

            IV

Figure de force brûlante et farouche

Cheveux noirs où l’or coule vers le sud

Aux nuits corrompues

Pr englouti étoile impure

Dans un lit jamais partagé

 

Aux veines des tempes

Comme au bout des seins

La vie se refuse

Les yeux nul ne peut les crever

Boire leur éclat ni leurs larmes

Le sang au-dessus d’eux triomphe pour lui seul

 

Intraitable démesurée

Inutile

Cette santé bâtit une prison

 

            V

Je n’ai envie que de t’aimer

Un orage emplit la vallée

Un poisson la rivière

 

Je t’ai faite à la taille de ma solitude

Le monde entier pour se cacher

Des jours des nuits pour se comprendre

Pour ne plus rien voir dans tes yeux

Que ce que je pense de toi

Et d’un monde à ton image

 

Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.

In Les Yeux Fertiles.

Et un sourire - Paul Eluard

La nuit n’est jamais complète 
Il y a toujours, puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin 
Une fenêtre ouverte 
Une fenêtre éclairée 
Il y a toujours un rêve qui veille 
Désir à combler, faim à satisfaire 
Un coeur généreux 
Une main tendue, une main ouverte 
Des yeux attentifs 
Une vie, la vie à se partager. 

Intimes V- Paul Eluard

Je n’ai envie que de t’aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière

Je t’ai faite à la taille de ma solitude.

Le monde entier pour se cacher
Des jours des nuits pour se comprendre
Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d’un monde à ton image
Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.

L’unique - Paul Eluard

Elle avait dans la tranquillité de son corps
Une petite boule de neige couleur d’œil
Elle avait sur les épaules
Une tache de silence une tache de rose
Couvercle de son auréole
Ses mains et des arcs souples et chanteurs
Brisaient la lumière

Elle chantait les minutes sans s’endormir.

Absence - Paul Eluard

I La plate volupté et le pauvre mystère Que de n’être pas vu. Je vous connais, couleur des arbres et des villes, Entre nous est la transparence de coutume Entre les regards éclatants. Elle roule sur pierres Comme l’eau se dandine. D’un côté de mon cœur des vierges s’obscurcissent, De l’autre la main douce est au flanc des collines. La courbe de peu d’eau provoque cette chute, Ce mélange de miroirs. Lumières de précision, je ne cligne pas des yeux, Je ne bouge pas, Je parle Et quand je dors Ma gorge est une bague à l’enseigne de tulle. II Je sors au bras des ombres, Je suis au bas des ombres, Seul. La pitié est plus haut et peut bien y rester, La vertu se fait l’aumône de ses seins Et la grâce s’est prise dans les filets de ses paupières. Elle est plus belle que les figures des gradins, Elle est plus dure, Elle est en bas avec les pierres et les ombres. Je l’ai rejointe. C’est ici que la clarté livre sa dernière bataille. Si je m’endors, c’est pour ne plus rêver. Quelles seront alors les armes de mon triomphe ? Dans mes yeux grands ouverts le soleil fait les joints, Ô jardin de mes yeux ! Tous les fruits sont ici pour figurer des fleurs, Des fleurs de la nuit, Une fenêtre sans feuillage S’ouvre soudain dans son visage. Où poserai-je mes lèvres, nature sans rivage ? Une femme est plus belle que le monde où je vis Et je ferme les yeux. Je sors au bras des ombres, Je suis au bas des ombres Et des ombres m’attendent.

La parole - Paul Eluard

J’ai la beauté facile et c’est heureux.
Je glisse sur les toits des vents
Je glisse sur le toit des mers
Je suis devenue sentimentale
Je ne connais plus le conducteur
Je ne bouge plus soie sur les glaces
Je suis malade fleurs et cailloux
J’aime le plus chinois aux nues
J’aime la plus nue aux écarts d’oiseau
Je suis vieille mais ici je suis belle
Et l’ombre qui descend des fenêtres profondes
Epargne chaque soir le cœur noir de mes yeux.

Masha riait aux anges - Paul Eluard

L’heure qui tremble au front du temps tout embrouillé

Un bel oiseau léger plus vif qu’une poussière
Traîne sur un miroir un cadavre sans tête
Des boules de soleil adoucissent ses ailes
Et le vent de son vol affole la lumière

Le meilleur a été découvert loin d’ici.

Ma morte vivante - Paul Eluard

Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même

Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance, ils perdent leur lumière
Ma bouche s’est séparée de ta bouche
Ma bouche s’est séparée du plaisir
Et du sens de l’amour, et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n’avanceront plus, il n’y a plus de route
Ils ne connaîtront plus mon poids, ni le repos

Il m’est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j’ai crue infinie

Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau
Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent
J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.